
Football | DCMP : une crise institutionnelle sur fond de bataille financière ?
Le Daring Club Motema Pembe (DCMP) traverse une nouvelle zone de turbulences. Depuis plusieurs jours, des divergences opposent le comité de coordination dirigé par Paul Kasembele à plusieurs administrateurs et anciens dirigeants du club. Au cœur des tensions : la gestion du club, mais surtout la question des ressources financières destinées à apurer les dettes accumulées au fil des années.
Cette nouvelle crise intervient dans un contexte particulièrement sensible pour le Daring, longtemps confronté à des difficultés financières et administratives ayant eu des conséquences directes sur ses performances sportives et sur sa situation auprès des instances internationales.
Une crise qui intervient au mauvais moment
Le DCMP n’est pas une institution née avec Paul Kasembele. Le club possède une histoire centenaire, construite par plusieurs générations de dirigeants, de joueurs, de cadres et de supporters. Chacun a contribué, à sa manière, à écrire les pages de cette grande formation de Kinshasa.
Cependant, une réalité demeure : un comité dirige actuellement le club et Paul Kasembele en est le président.
Son équipe a hérité d’une situation particulièrement compliquée, marquée par des dettes et différents dossiers ayant fragilisé le Daring. Cela ne signifie évidemment pas que la gestion actuelle soit au-dessus de toute critique.
Au contraire, toute direction d’un grand club doit pouvoir rendre compte de sa gestion, répondre aux interrogations et accepter le débat.
Mais la question fondamentale reste celle de la procédure.
Si des administrateurs ou anciens dirigeants estiment que le comité actuel a échoué, pourquoi ne pas utiliser les mécanismes prévus par les textes du club ?
Qui peut réellement décider du sort du président ?
C’est probablement l’une des principales questions auxquelles les protagonistes de cette crise doivent répondre.
Qui engage officiellement le DCMP ? Qui représente le club auprès des instances sportives ? Qui détient actuellement la légitimité pour prendre des décisions au nom du Daring ? Et surtout, quelle procédure doit être suivie pour mettre fin au mandat d’un comité en fonction ?
Ces interrogations ne peuvent être réglées par des déclarations publiques ou par des rapports de force.
Si une partie de la famille vert et blanc considère que Paul Kasembele n’a plus la confiance nécessaire pour continuer à diriger le club, elle peut demander une clarification institutionnelle.
Une assemblée générale peut notamment permettre de présenter les griefs, d’examiner la gestion administrative et financière, de poser la question de confiance et, si nécessaire, de décider de l’avenir du comité.
C’est cette voie qui permettrait d’éviter que le DCMP ne s’enfonce davantage dans une crise de légitimité.
L’argent au centre des interrogations
Derrière la bataille institutionnelle apparaît une autre question, beaucoup plus sensible : celle de l’argent.
Des fonds destinés à aider le club à régler certaines dettes et à sortir des difficultés qui ont entraîné des sanctions internationales sont désormais au centre des débats.
Et c’est précisément à ce niveau que les interrogations deviennent nombreuses.
Pourquoi cette crise devient-elle aussi intense aujourd’hui ? Pourquoi les discussions autour de la légitimité du comité prennent-elles une telle ampleur au moment où le club doit gérer d’importantes ressources financières ?
Il ne s’agit pas d’accuser qui que ce soit sans preuve. Mais dans une institution sportive où les questions financières ont longtemps constitué un problème majeur, la transparence est indispensable.
Tout argent destiné au DCMP doit pouvoir être retracé, justifié et affecté à l’objectif pour lequel il a été mobilisé.
Le club doit pouvoir présenter des comptes clairs. Les dirigeants doivent pouvoir expliquer les dépenses. Les administrateurs doivent pouvoir obtenir les informations nécessaires. Et les supporters doivent être rassurés sur l’utilisation des ressources destinées à sauver leur club.
Pourquoi maintenant ?
Une autre interrogation mérite d’être posée.
Le DCMP a connu une saison difficile. Des problèmes liés aux salaires, au transport, aux conditions de préparation et à l’organisation ont régulièrement marqué la vie de l’équipe.
Pourtant, durant ces périodes difficiles, les voix contestant ouvertement la direction n’ont pas été aussi nombreuses.
Pourquoi les tensions deviennent-elles aujourd’hui aussi fortes ?
Cette question mérite une réponse, non pas pour alimenter la polémique, mais pour comprendre les véritables motivations de cette crise.
Le football congolais a déjà suffisamment souffert des conflits administratifs, des querelles de leadership et des problèmes financiers. Le DCMP ne peut pas se permettre de reproduire indéfiniment le même scénario.
Kasembele doit aussi accepter le principe de reddition des comptes
Défendre la procédure ne signifie pas donner un blanc-seing à Paul Kasembele.
Le président du comité de coordination doit comprendre que le DCMP appartient à toute une communauté sportive. Il ne peut être considéré comme une propriété personnelle ou comme une institution dirigée sans obligation de rendre compte.
Le Daring existait avant Paul Kasembele et continuera d’exister après lui.
Face aux contestations actuelles, la meilleure réponse du président serait peut-être de prendre lui-même l’initiative d’une grande réunion de clarification.
Présenter le bilan de son mandat. Expliquer la situation financière. Faire le point sur les dettes. Présenter les actions entreprises. Répondre aux questions des administrateurs. Et, surtout, accepter de soumettre sa gestion au jugement des organes compétents.
Si la majorité lui renouvelle sa confiance, il pourra continuer son mandat avec une légitimité renforcée.
Si, au contraire, la confiance n’existe plus, il devra en tirer les conséquences.
Les anciens dirigeants doivent également respecter les textes
Mais la responsabilité n’est pas uniquement celle du président.
Les anciens dirigeants et administrateurs du DCMP doivent également mesurer la portée de leurs démarches.
Leur expérience est précieuse. Leur connaissance du club constitue une richesse. Leur contribution à l'histoire du Daring ne peut être ignorée.
Mais l’expérience ne donne pas automatiquement le droit de diriger.
Un ancien président reste un ancien président. Un ancien administrateur reste un ancien administrateur. Lorsque le club dispose d’un comité régulièrement établi, les contestations doivent s’inscrire dans le cadre prévu par les textes.
Autrement, une dangereuse jurisprudence pourrait s’installer.
Demain, chaque nouveau président pourrait être contesté par ses prédécesseurs. Chaque conflit pourrait être déplacé vers le ministère des Sports ou vers les instances fédérales. Et chaque changement de direction pourrait devenir une bataille politique.
Dans ces conditions, aucun dirigeant sérieux ne voudrait prendre les commandes du club.
Le ministère des Sports ne doit pas devenir l'arbitre permanent
Le recours systématique aux autorités publiques ne constitue pas nécessairement la meilleure solution.
Le ministère des Sports a un rôle institutionnel important dans l'organisation et la supervision du sport national. Mais les conflits internes d’une association sportive doivent d’abord être réglés par les organes prévus par ses propres textes.
Faire intervenir constamment une autorité extérieure risque de créer davantage de confusion.
Le DCMP doit d’abord être capable de résoudre ses propres problèmes.
Ses administrateurs, ses dirigeants, ses anciens présidents et ses autres composantes doivent pouvoir se retrouver autour d’une table.
Ils doivent parler.
Ils doivent se confronter sur les faits.
Ils doivent présenter les documents.
Et ils doivent accepter le verdict des organes compétents.
La Linafoot dans son rôle sportif
Sur le plan sportif, la situation doit également rester claire.
Le DCMP évolue dans les compétitions nationales et doit pouvoir être identifié par les instances sportives à travers ses représentants officiellement reconnus.
La Linafoot, en tant qu’organisatrice des compétitions concernées, doit pouvoir travailler avec une direction clairement établie et reconnue.
Cela ne signifie pas que la Linafoot doit régler les conflits internes du club.
Son rôle doit rester celui d’une instance sportive, tandis que les questions de gouvernance doivent être traitées dans le cadre statutaire du Daring.
Le mélange des responsabilités ne ferait qu'aggraver la confusion.
Une assemblée générale pour sortir de la crise ?
Face à cette situation, une solution paraît plus raisonnable que toutes les autres : réunir les différentes composantes du club.
Une assemblée générale pourrait permettre de mettre les cartes sur table.
Le comité actuel pourrait présenter son bilan. Les contestataires pourraient exposer leurs griefs. Les questions financières pourraient être examinées. Les responsabilités pourraient être établies sur la base des documents disponibles.
Et surtout, le club pourrait décider démocratiquement de la suite à donner à cette crise.
Ce serait également l'occasion de déterminer si Paul Kasembele bénéficie encore de la confiance de la majorité.
S’il l’a, qu’il continue.
S’il ne l’a plus, qu’une procédure régulière permette son remplacement.
Mais dans les deux cas, le DCMP sortirait gagnant parce que la décision serait institutionnelle et non le résultat d’un bras de fer.
Le Daring doit être placé au-dessus des hommes
Le principal danger aujourd’hui est de voir le DCMP devenir prisonnier des ambitions individuelles.
Paul Kasembele ne doit pas être au-dessus du club.
Mais ses adversaires ne doivent pas non plus être au-dessus des textes.
Le Daring Club Motema Pembe est une institution qui dépasse les personnes.
Les présidents passent. Les administrateurs passent. Les joueurs passent. Les entraîneurs passent.
Le club, lui, demeure.
C’est précisément pour cette raison que toutes les décisions qui concernent son avenir doivent être prises avec responsabilité.
La transparence comme seule sortie de crise
La question financière doit désormais être traitée avec la plus grande transparence.
Combien d’argent a été mis à la disposition du club ? Quelle est son origine ? À quoi doit-il servir ? Quelles dettes doivent être réglées ? Quels montants ont déjà été payés ? Quels engagements restent à honorer ?
Ce sont des questions légitimes.
Y répondre clairement permettrait de réduire considérablement les suspicions.
Le silence, en revanche, nourrit les rumeurs.
Et dans le football congolais, les rumeurs peuvent rapidement devenir des crises institutionnelles.
Le DCMP n’a pas besoin d’une nouvelle guerre
Le Daring a besoin de stabilité.
Après plusieurs années marquées par les difficultés financières, les sanctions et les problèmes administratifs, le club doit désormais se concentrer sur sa reconstruction.
Il faut remettre de l’ordre dans les finances, améliorer les conditions de travail des joueurs, renforcer l'encadrement administratif et surtout construire une vision durable.
Le club ne peut pas être constamment paralysé par des querelles de leadership.
Si Paul Kasembele doit partir, qu’il parte conformément aux textes.
S’il doit rester, qu’il reste avec une légitimité clairement établie.
Et si les anciens dirigeants souhaitent revenir aux affaires, qu’ils présentent leur projet et se soumettent également au verdict des organes compétents.
Le Daring au-dessus de la bataille
Au fond, cette crise pourrait être une occasion de repartir sur de nouvelles bases.
Elle peut permettre au DCMP de clarifier ses mécanismes de gouvernance, d'améliorer la transparence financière et de définir clairement les responsabilités de chacun.
Mais pour cela, toutes les parties doivent renoncer au rapport de force.
Paul Kasembele doit accepter de rendre compte.
Les administrateurs et anciens dirigeants doivent accepter de respecter la procédure.
Les instances sportives doivent éviter d’alimenter les conflits internes.
Et les supporters doivent exiger une chose : la vérité sur la gestion du club.
Car derrière Paul Kasembele, derrière les anciens dirigeants et derrière les batailles autour de l’argent, il existe une réalité beaucoup plus importante : le Daring Club Motema Pembe.
Le DCMP n’appartient ni à un président, ni à un groupe d’administrateurs, ni à une génération de dirigeants.
Il appartient à son histoire, à ses couleurs et à toute une communauté.
La priorité ne devrait donc pas être de savoir qui gagnera la bataille du pouvoir, mais de savoir comment sauver durablement le Daring.
Et pour y parvenir, une seule voie semble véritablement durable : la transparence, le respect des textes, le dialogue et une décision prise dans les règles.
Rédaction