
OPÉRATION D’ASSAINISSEMENT DE LA VILLE DE KINSHASA : L’URGENCE D’UNE COMMUNICATION PRÉVENTIVE ET CITOYENNE
Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo, fait face depuis plusieurs années à de sérieux défis en matière d’assainissement. L’insalubrité grandissante, l’occupation anarchique des espaces publics, les dépotoirs sauvages, les constructions irrégulières ainsi que les inondations récurrentes constituent autant de menaces pour la santé publique, l’environnement et l’image de notre capitale.
Face à cette situation préoccupante, les autorités ont lancé une vaste opération d’assainissement visant à restaurer l’ordre urbain et à améliorer le cadre de vie des Kinois. Cette initiative mérite d’être saluée, car elle répond à une nécessité réelle et à une attente légitime de la population. Cependant, une question fondamentale mérite d’être posée : comment réussir durablement une opération d’assainissement sans une communication efficace, préventive et inclusive ?
Toute politique publique, toute réglementation ou toute mesure administrative destinée à encadrer la vie collective doit être précédée d’une campagne d’information suffisante. La communication n’est pas un simple complément à l’action publique ; elle en constitue l’une des conditions essentielles de réussite. Une population bien informée est une population plus disposée à comprendre, à adhérer et à accompagner les décisions prises dans l’intérêt général.
Dans le contexte de l’assainissement de Kinshasa, il est indispensable que les autorités expliquent clairement les objectifs poursuivis, les mesures envisagées, les délais accordés aux citoyens ainsi que les sanctions éventuelles en cas de non-respect des règles établies. L’information doit atteindre toutes les couches de la population, dans les langues comprises par le plus grand nombre, à travers les médias, les réseaux sociaux, les églises, les écoles, les marchés et les structures communautaires.
L’un des principes fondamentaux de l’État de droit repose sur la publicité de la loi. Une règle qui n’est pas suffisamment portée à la connaissance des citoyens risque de perdre sa légitimité sociale. Certes, l’adage juridique affirme que « nul n’est censé ignorer la loi », mais ce principe suppose que l’État ait préalablement mis en œuvre tous les moyens nécessaires pour rendre cette loi accessible, compréhensible et connue de tous.
L’expérience montre que les politiques fondées uniquement sur la répression produisent souvent des résultats limités. À l’inverse, lorsqu’elles sont précédées d’une sensibilisation approfondie et d’une pédagogie citoyenne, elles favorisent un changement durable des comportements. L’assainissement de Kinshasa ne doit pas être perçu comme une campagne ponctuelle de démolition ou de sanction, mais comme un véritable projet de transformation collective impliquant l’ensemble des habitants.
Les autorités publiques, les médias, les organisations de la société civile, les leaders religieux et les acteurs communautaires ont donc la responsabilité commune de sensibiliser la population aux enjeux de la salubrité urbaine. Chaque citoyen doit comprendre que la propreté de la ville n’est pas seulement l’affaire de l’État, mais également une responsabilité individuelle et collective.
L’heure n’est pas seulement à l’action, mais aussi à l’explication. L’heure n’est pas uniquement à la sanction, mais également à l’éducation. Pour que l’opération d’assainissement de Kinshasa produise des résultats durables, il est urgent d’investir massivement dans la communication préventive, la sensibilisation citoyenne et l’appropriation populaire des mesures prises.
Une ville propre ne se construit pas seulement avec des bulldozers et des arrêtés administratifs ; elle se construit d’abord avec des citoyens informés, convaincus et engagés.
L’assainissement de Kinshasa sera véritablement une réussite lorsque chaque habitant comprendra non seulement ce qu’il doit faire, mais surtout pourquoi il doit le faire.
Régis Ngudie